Homélie du Père Pierre Guy MUBAMBAR pour le 1er dimanche de l’Avent, Année A:

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Is. 2, 1-5: Le Seigneur rassemble toutes les nations dans la paix éternelle du Royaume de Dieu.

Rm 13, 11-14a: Le salut est prêt de nous

Mt 24, 37-44 : Veillez pour être prêts.

Plan : 1° Situer le texte ; 2° Déterminer les circonstances de la Parousie : 3° Notre attitude aujourd’hui.

Situation du texte et son rapport avec la venue dernière du Fils de l’homme

Dans ce chapitre 24 de l’évangile selon Saint Matthieu, il est question de l’annonce de la destruction du Temple (24, 1-25) et de l’avènement du Fils de l’homme (24, 26-51). Notre propos porte donc sur les versets 37- 44 qui décrivent les circonstances de l’avènement du Fils de l’homme. La partie qui nous intéresse est encadrée par le récit sur la dernière venue du Fils de l’homme (24, 26-36) et la parole du serviteur (24, 45-51). Dans les deux parties, Jésus nous invite et nous exhorte à la vigilance et la persévérance (24, 13).

Après plusieurs avertissements sur le fait qu’au sujet de sa venue, nous ne pouvons savoir grand-chose et pas plus que le commun de mortel ; malgré l’indication selon laquelle le vautours ne se rassemblerons que là où sera le cadavre en écho à l’action de l’aigle qui de loin peut percevoir la proie qu’il tue et autour de laquelle il place ses petits pour laper le sang (Job 39, 30), ce qui implique que la venue du Fils de l’homme sera visible par tous et que personne n’échappera à son jugement, les disciples demandent encore des signes particuliers ; peut-être veulent-ils devenir de spécialistes de l’eschatologie. En fait, une lecture attentive de l’évangile selon Saint Matthieu peut laisser dire que Jésus les renvoie à leur capacité à considérer les aléas de l’histoire humaine et à constater que celle-ci ne fait que répéter l’attente du jugement et de la délivrance qui est déjà proche. Rappelons-nous aussi la parole de Jésus lui-même qui prévient ses disciples au sujet de la manifestation dernière du Fils de l’homme quand il viendra dans sa gloire : « cette génération [11, 16 ; 12, 39-45 ; 16, 4 ; 23, 36) ne passera pas que « tout cela n’arrive » (24, 34 ; 23, 36 ; 24, 2. 8). Ce verset me paraît difficile à comprendre et pour y arriver, il nous faut répondre à ces deux questions : Quelle est ‘‘cette génération’’ ? et que désigne ‘‘tout cela’’ ? On peut dire que « Tout cela » peut bien renvoyer à l’ensemble de signes précurseurs et l’avènement même du fils de l’homme. C’est comme si Jésus présentait toute la période qui va de la destruction du Temple jusqu’à son retour comme une période de détresse ; ou bien il rapproche deux périodes de détresses : celle de 70 et celle de la fin ; ou bien encore, Jésus continue à parler, de façon imagée, de cette destruction du Temple. Le terme « cette génération » réfère aux auditeurs de Jésus et tous ceux qui accueilleront cette bonne nouvelle à la suite de la prédication ultérieure, c’est celle des apôtres et de l’Eglise. Ainsi, étant donné que le mot génération revient plusieurs fois chez Matthieu, il peut aussi signifier que tout auditeur ou lecteur de l’évangile devient contemporain de Jésus et est désormais concerné par la nécessité  d’une lucidité critique sur le monde qui l’entoure. Il doit dans le même mouvement ne pas se laisser séduire par de faux signes de la parousie et, cependant, ne pas cesser d’attendre dans une attitude de veille.

Les circonstances de la Parousie du Seigneur

Avant d’en décrire les circonstances, Jésus ajoute : « le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (24, 35) en écho au chapitre 5, 18 : « Avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l’i, ne passera de la Loi, que tout ne soit réalisé » (5, 18). Jésus affirme clairement la pérennité absolue de ses paroles. Cette déclaration est importante, car elle révèle la supériorité des paroles du Christ par rapport à la Loi, la Torah. La Loi durera jusque dans son moindre détail tant que le ciel et la terre seront en place. Les paroles de Jésus ne passeront pas alors même que le ciel et la terre doivent passer. Pourtant le Fils dont la parole est au-delà du temps des hommes ne connaît ni le jour ni l’heure de la venue du Seigneur (24, 36) ; c’est  pourquoi, il ne renseigne pas sur sa venue, c’est-à-dire sur la fin du ciel et de la terre. Sa parole étant d’une autre nature, elle sert à révéler un être qui est d’une autre nature : le Père céleste (11, 27). Ainsi l’évangile selon Saint Matthieu prolonge le thème de la parousie en soulignant son caractère surprenant. L’exemple de Noé  (v. 37-40) défend l’idée que la surprise sera d’autant plus forte que la vie des hommes se poursuit normalement jusqu’au moment de l’avènement. C’est alors qu’aura lieu le tri apparemment arbitraire ; car il n’est donné aucune justification à ce jugement si ce n’est le constat d’une séparation entre les uns et les autres (v. 40-42). Dans l’incertitude du jour de l’avènement du Seigneur en vue du jugement dernier, le Seigneur dit qu’il faut agir à l’inverse du maître qui ne connaît pas le moment que choisit le voleur pour le dévaliser. Contrairement au maitre qui ne sait pas veiller parce qu’il ne sait pas à quelle heure viendra le voleur, le disciple, le chrétien est invité à veiller justement parce qu’il ignore l’heure de la manifestation du Fils de l’homme. Et cette heure peut être proche (Rm 13, 11). Le salut est proche, dit Saint Paul aux romains. L’urgence de la fin qui s’approche nécessite la conversion de cœurs et oblige de quitter les œuvres de ténèbres pour celles de la lumière. Il s’agit en effet d’abandonner un certain nombre de vices (Rm 1, 29. 31 ; 13, 13) dont la jouissance donne l’illusion d’un éternel présent. De même que le Déluge a emporté les hommes du temps de Moïse (v. 39), de même ceux qui ne seront pas prêts lors de la venue du Fils de l’homme, c’est-à-dire ceux qui ne se seront pas  préoccupés de la foi en Jésus-Christ, seront emportés par le jugement. Ainsi, les disciples qui cherchaient à savoir le jour de cette venue sont mis face à leur responsabilité : en eux, nous l’espérons, s’était opéré un déplacement radical de la façon dont ils envisageaient la venue du Fils de l’homme ainsi que leur rapport à cet événement grandiose.

Notre attitude aujourd’hui

Les images (v. 38-41) décrivent les activités de la vie quotidienne. On peut y découvrir deux types de personnes : toutes ces personnes travaillent et vivent normalement, mais l’une vit dans l’éveil de la foi, l’autre ne s’en préoccupe pas.

Nous pensons, en général que si nous étions informés du retour du Christ ou, du moins, du moment de notre mort, nous vivrions différemment. Le Christ en doute et pense que l’incertitude est meilleure conseillère, car c’est vivre constamment avec que de ne savoir jamais à quel moment précis il peut intervenir. Le(a) véritable amoureux(se) le comprendra qui est toujours avec celui(celle) qu’il(elle) aime et qui se fait une joie qu’à tout moment, il(elle) puisse apparaître. Nous, nous sommes des amoureux(ses) heureux(ses), sûrs d’être aimés, sûrs d’être épousés, d’être un jour comblés. Celui qui oublierait son amour serait bien malheureux ; celui qui se satisferait de l’absence de son amour serait bien à plaindre. Et nous devons être nous, non comme des craintifs qui ont peur d’être jugés, mais comme sont les petits enfants à l’approche de noël, frétillant à la perspective du bonheur qui les attend. Donc, si Jésus évoque Noé et le Déluge qui a tout fait perdre à ceux qui ne l’ont pas vu venir, ce n’est pas pour nous terroriser à l’annonce de malheur à venir. C’est pour secouer notre négligence : tout ce que nous avons peut se perdre en un clin d’œil, sauf savoir qu’on est aimé. Il faut donc prévenir le malheur, toujours possible, en se détacher de ce qui nous attache comme les contemporains de Noé, et en s’attachant à ce qui nous rend libres. Alors tout peut arriver, même Dieu. Et s’il arrive et comme il n’arrivera qu’à l’improviste, il nous trouvera libres et prêts. Prêts pour le bonheur !

Et puisque nous commençons le temps de l’Avent, parlons-en. En effet, comme temps de l’avènement de Notre Seigneur, on peut distinguer trois aspects par lesquels le Verbe de Dieu se manifeste ou s’est manifesté aux hommes :

Dans la chair : la première venue est celle qui eut lieu dans la nuit selon ces paroles de l’évangile : « Au milieu de la nuit, un cri s’est fait entendre : voici l’époux » ! Et ce premier Avènement est déjà passé car le Christ a été vu sur la terre et a conversé avec les hommes.

Dans l’âme : Nous sommes présentement dans le deuxième avènement pourvu toutefois que nous soyons tels qu’il puisse venir à nous ; car il a dit que si nous l’aimons, il viendra à nous et fera sa demeure en nous. Ce deuxième avènement est pour nous un temps mêlé d’incertitude ; car quel autre que l’Esprit de Dieu connaît ceux qui sont à Dieu ? Ceux que le désir de choses célestes ravit hors d’eux-mêmes savent bien quand il vient. Cependant, ils ne savent pas d’où il vient ni où il va.

3° Par le jugement : Quant à la troisième et dernière venue, il est certain qu’il aura lieu même si nous ne pouvons pas connaître le jour ni l’heure. Au moment où l’on parlera de paix et de sécurité, dit le Sage, c’est alors que, soudain, la mort apparaîtra comme les douleurs de l’enfantement au sein de la femme ; et nul ne pourra fuir.

Le premier avènement fut donc humble et caché ; alors qu’il s’était fait l’Agneau, il était jugé par les hommes avec injustice; le deuxième avènement est couvert de mystère et il est plein d’amour. Pendant ce temps, le Christ est plein de tendresse et nous rend justice par sa grâce. Le troisième avènement sera éclatant, indiscret et terrible ; le Christ, le Lion de la tribu de Juda jugera toute chose avec équité.

Prière :

Ô Seigneur Jésus ! Notre cœur et notre chair soupirent après ta venue. Ton jour est proche et nous ne voulons pas nous lasser de l’attendre. Nous voulons hâter ton avènement par le désir de notre cœur et, ainsi l’anticiper de toutes les forces de notre être. Seigneur, ne laisse pas ce désir s’affadir, ni l’amour s’éteindre en nous, mais ranime sans cesse la flamme en nos âmes. Que nous soyons toujours prêts à la rencontre du Christ. Garde nos cœurs éveillés afin que nous ne nous détournions pas de toi dans des recherches égoïstes et que nous ne sombrions pas dans l’indifférence. Que le Seigneur nous accorde de rester vigilants dans la foi et la prière, attentif à la croissance de son Royaume et au rayonnement de son amour au milieu de nous. Amen !

                                                                      Donné à Djimè, ce 01 / 12 / 2019

                                                                      Père Pierre G. MUBAMBAR, pss

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