LA GESTION DU TEMPS EN AFRIQUE. Douzième parution de la Revue Réflexion et Action du Grand Séminaire de Philosophie de Djimè

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« Lève-toi, Afrique et Marche ». « Voici, le temps favorable », « Afrique, lève-toi » Il est temps ! c’est l’heure de ton engagement ! Les temps sont mûrs ! En cette année 2021, l’Afrique commémore le dixième anniversaire de l’Exhortation Apostolique « Africae munus », signée par le pape Benoît XVI pour toute l’Afrique en terre béninoise à Ouidah le 19 novembre 2011. Document d’une importance capitale, il interpelle tout le continent africain sur son engagement et lance un vibrant appel à tous les fils et filles de l’Afrique, à se pencher sur certaines réalités de leurs cultures pour un développement intégral et durable. Il s’agit d’aider l’Afrique à se relever pour s’engager réellement. Pour cet « engagement de l’Afrique », la gestion rationnelle et équilibrée du temps devient une question cruciale et incontournable.

Ainsi, dans le cadre de ses recherches sur les forces et les faiblesses d’une Afrique engagée et déterminée, la revue « Réflexion et Action » du Grand Séminaire de Philosophie Saint Paul de Djimè vous propose dans ce numéro, un riche et dense questionnement sur « la gestion du temps en Afrique ».  Enracinés dans notre culture, fiers d’être africains, porteurs d’un héritage culturel abondant, notre réflexion part de « l’ancienne corde » pour en tisser « la nouvelle ». En effet, face au grand questionnement que pose aujourd’hui la « gestion du temps en Afrique », la pensée veut interroger l’histoire pour comprendre avant tout la conception du temps en Afrique. Il s’agit d’abord de « Faire mémoire de ce que nos grands-pères et nos grands-mères ont rêvé pour nous », la vision qu’ils ont du temps, les richesses et les valeurs du temps qui se révèlent dans les réalités de la vie quotidienne. Ce rêve et cette histoire qui constituent un patrimoine précieux pour l’Africain, nous le redécouvrirons   sur  les traces de Mèdéwalé Jacob AGOSSOU (1939-2018)[1].

Pour l’Africain, « le temps, considéré au sens large, fait référence à la plénitude comme expression de l’horizon qui s’ouvre devant nous »[2]. L’Africain prend le temps de vivre. Dans un monde obsédé et parfois essoufflé par la pression du temps, la vision africaine du temps  peut  conduire à redécouvrir la joie de vivre intensément l’instant présent et cultiver la capacité de l’ « être pour les autres »[3].

Mais cet héritage précieux que porte l’Afrique sur le sens du « temps » et qui accorde « la priorité au temps » est soumis aujourd’hui à l’épreuve. Le monde évolue et le temps nous presse. Partout dans le monde comme en Afrique, on observe comme une oscillation entre le Kronos et le Kaïros.  Aussi, de plus en plus, le temps lui-même est-il mis à l’épreuve de la temporalité et de la temporalisation. Notre réflexion se penche sur le sujet et apporte quelques approches de solutions pour une action concrète et efficace.

Par ailleurs, l’Afrique n’échappe pas à l’ère du numérique. Il serait donc bénéfique d’étudier la « vision africaine du temps à l’épreuve de la culture numérique : quelle gestion saine pourrait éviter le gaspillage de temps et les vices comme la paresse, l’oisiveté et l’ennui » ?

Un instrument majeur au service du développement de l’Afrique, demeure l’institution politique dont le devoir essentiel est la mise en place des conditions qui favorisent la gestion de l’ordre juste du temps. Quels sont donc les impacts du pouvoir politique sur la gestion du temps en Afrique ? Par ailleurs en Afrique, nous savons la place et le respect réservés aux chefs traditionnels. Si « Les chefs traditionnels peuvent contribuer de manière très positive à la bonne gouvernance », leur rôle n’est pas moindre dans la priorité à donner au temps.

« Au long de ces dernières décennies, l’Église en Afrique s’est interrogée avec insistance sur la naissance et l’expansion de communautés non-catholiques appelées parfois aussi autochtones africaines (African Independent Churches) »[4]. La prolifération des religions en Afrique n’est-elle pas un facteur d’illusion entre une errance chronophage et la quête de Dieu ? Remarquons à la suite du Pape Benoît XVI que « de nombreux mouvements syncrétistes et des sectes ont aussi vu le jour en Afrique au cours de ces dernières décennies »[5]. Ils constituent de véritables lieux de rencontres et d’échanges où parfois la valeur et l’importance du temps sont reléguées au second plan.

La revue Réflexion et Action se penche également dans ce numéro sur la question du retard et de la médiocrité. Si tant est que la culture exerce une influence considérable sur la nature de l’homme, serions-nous en mesure d’avancer que le retard constituerait une seconde nature de l’Africain ?

En marche donc vers le 10ème anniversaire de Africae munus, chers lecteurs, voici sonné le temps de l’engagement de l’Afrique ! « Voici, le temps favorable », « Afrique, lève-toi ». Je vous souhaite du plaisir à la lecture de ces réflexions qui impacteront sans doute nos actions et les rendront plus efficaces en vue d’une Afrique debout et engagée. Le temps nous presse! C’est l’heure!

Père Grégoire ADOUAYI, Recteur du Séminaire de Djimè

[1] Premier prêtre eudiste béninois et africain (depuis 1968), il est titulaire d’un doctorat en philosophie et en théologie.

[2] Pape François, La Joie de l’Evangile, n°222.

[3] Pape François, Christus vivit, 258

[4] Africae munus, n°90

[5] Africae munus, n°91

Cette parution contient des articles très intéressants dont voici les titres:

TRIBUNE LIBRE.

TRANSVERSALE.

CHRONIQUE.

Djimè, au fil des jours.

THEMES DE MEMOIRE DE FIN DE CYCLE

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