HOMELIE DU TROISIEME DIMANCHE DU TEMPS DE L’AVENT

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Bien aimé.es du Seigneur, fils et filles de Dieu.
Ce dimanche appelé dimanche de la joie nous situe au cœur des deux avènements de la venue du Messie, celui de l’économie christique et de la glorification eschatologique. Ainsi, la joie que nous ressentons est tout à la fois suscitée par le projet que porte Dieu d’envoyer son Fils dans le monde et la nouvelle de sa venue plus triomphante comme le pointent quelques textes de ce jour. Ce dernier aspect d’avènement symbolisé par l’ornement rose que je porte, renvoie à la joie de la Jérusalem céleste dans laquelle introduit le Rédempteur quand tout sera récapitulé en lui. Dans l’un ou l’autre avènement, la question de la rédemption de l’homme se pose de façon plus engagée et la joie de l’homme à laquelle se mêle la danse divine, encadre cette geste salvifique comme le paradigme même de l’initiative divine et la réponse de l’homme sauvé.

Il fait sens de déployer avec vous quelques constituants ou moyens de salut en commençant par mettre d’abord en relief les tonalités que prend la perception du premier avènement dans le monde juif, une perception qui paraît sous-tendre les spécifications contextuelles en Afrique. Cette indication permet ensuite de dégager l’identification réelle du salut en Dieu. Dans ces cadres, la tension éthique de l’homme sauvé quotidiennement devient un présupposé au salut, compris paradoxalement comme dessin d’amour de Dieu et comme gratuité divine.

Le problème central d’Israël était la convoitise des biens promis par Yahvé. Malheureusement son héritage ayant été passé aux mains de l’ennemi, il devra de fait expérimenter le désespoir dans sa forme la plus cruelle. Sa conscience religieuse sombrait ainsi gravement. Le ton que prend ce jour le livre de Sophonie semble adouci. Les oracles de salut qu’il professe dénotent en effet d’un pas décisif au regard des promesses que Yahvé projette d’accomplir. Dieu réalise la fidélité à son alliance en écartant les accusateurs d’Israël, en faisant rebrousser les chemins de ses ennemis et en rétablissant la dignité de ses fils. C’est pourquoi Sophonie présente Yahvé comme le héros qui apporte le salut. Le cantique de ce jour orchestre aussi une expérience de salut : Voici le Dieu de mon salut, j’ai confiance, plus de crainte pour moi, car le Seigneur est ma force et mon chant, je lui dois le salut. Ces conditions salutaires évoquent visiblement la dimension libératrice de l’homme et fait comprendre ici le salut en termes de salut-libération. L’objectivation d’un tel projet conclu par Yahvé est saisi par Israël comme le motif de sa joie et quoique réducteur face au dessein réel de Dieu, dévoile sa reconstruction personnelle pour ne pas dire identitaire.

Ces facteurs semblent signifier ce à quoi s’attend la majorité des chrétiens dans un contexte béninois comme le nôtre. La libération des mains des ennemis, la restitution des biens appétés et usurpés, le soulagement des maux humains (maladies, blessures intérieures, désespoir, etc.), la recherche d’un bien-être matériel ou économique et la reconsidération du destin historique de soi paraissent des lieux d’aspiration humaine où Dieu révélé en son Fils Jésus, devance effectivement l’homme. En Occident, les aspirations ne semblent pourtant pas les mêmes et diffèrent, du moins en partie. Face à la poussée technologique et à la découverte des nouvelles conditions favorables à l’existence humaine, le discours religieux du salut en Jésus semble mouvant et contextuel. Mais une quête pressante de Dieu se fait sentir dans les traditions humaines. Les signes messianiques que le Christ accomplit dans l’économie rédemptrice se tiennent comme références majeures du processus du dévoilement de sa nature divine et de son engagement dans les conditionnements humains. Et ce projet divin est toujours d’actualité. Cependant, en mettant plus la focale sur les besoins humains ou sur des misères intérieures en quête d’apaisement ou de dispositions idiosyncrasiques qui répondent aux itinéraires existentiels, les chrétiens semblent renoncer à l’horizon du salut réel qui transcende les exigences historiques comme simple libération. Dieu nous propose une nouvelle perspective de salut au-delà de la simple conscience sûre de bien-être (matériel ou moral). Quel besoin de salut semble urgent pour le monde d’aujourd’hui ?

La fresque mouvante d’exubérance que peint Sophonie se rapporte à des motifs qui rejoignent de peu la vision d’un authentique salut que vient apporter le Messie. La danse à laquelle se mêle Dieu est l’appel à notre communion en lui. Les termes hébreux dont fait usage l’auteur sacré recèlent cette fusion en Dieu. La fille de Sion pour Sophonie est, en réalité, un petit reste que Dieu dans sa pédagogie a purifié et rénové pour résider sur sa montagne sainte. Réconfortée par la présence même de Dieu, elle est appelée à la joie eschatologique. L’expression « Dieu est en toi » signale le renouvellement d’Israël en Dieu, comme la joie retentie au ciel à la conversion d’un seul pécheur. On devrait être sauvé aujourd’hui de ce dont les recherches de spiritualités désincarnées, la modernité ou les assurances matérielles ne peuvent nous préserver. Il s’agit moins d’espérer être sauvés de la maladie, des mauvais sorts ou de la mort que du mal qu’on fait ou à faire. C’est un appel à la joie de faire le bien selon les premières lignes de l’exhortation Evangelii Gaudium du Pape François. En regard des questions posées, Jean-Baptiste conclut l’évangile par l’image d’un Messie qui viendra séparer les bons des mauvais. Son discours exprime le second avènement du Christ et suppose instantanément une perspective éthique comprise comme composante eschatologique de l’existence chrétienne. Le Jésuite Marcel Van Caster estime que le caractère transcendant de l’eschatologie a son mode d’accomplissement dans les valeurs terrestres que donne, à mon sens, la grâce du Messie qui vient nous sauver. L’une des meilleurs voies ou valeurs que propose ici Jean Baptise s’énonce comme justice.
La justice dans la perspective chrétienne est la vertu qui consiste à donner à chacun ce qui lui est dû. Je me garde de faire un exposé systématique sur les formes de justice (commutative, distributive et sociale). L’éthique chrétienne que propose le précurseur prend valeur dans la justice sociale, celle qui met l’individu en rapport avec les autres pour l’élever dans tous les secteurs de la vie : domaine politique, économique, religieux, social et culturel. Elle vise le partage du bien commun, l’équité en tout et in fine, le respect de soi. Le « Que devenons nous faire ? » de la foule, des publicains et des soldats, pour Jean-Baptiste s’oriente notamment vers cette justice sociale mais plus résolument vers cette recherche d’intimité avec le Christ qui s’identifie en chacun dans son combat contre les injustices, les violences fatales et l’usurpation du bien commun. Dans le contexte béninois, les vagues de catholiques convertis à d’autres dénominations religieuses et entrainées sur une frénétique ligne de mort, devraient réinterroger l’évangélisation au Bénin. Il faudrait plutôt une évangélisation qui insiste sur la joie ou la danse en Dieu, en termes de communion et d’intimité au Christ dont les arrhes historiques de justice sont appelées à transparaître dans nos existences. Les injustices apparaissent tant au sommet des institutions étatiques ou religieuses tout comme dans nos fonctions ordinaires. Combien de vendeuses ne faussent pas les balances ? Des mécaniciens et informaticiens changent les pièces et les volent ; des coutouriers.es se taillent une partie du tissu des clients, des architectes avancent des devis colossaux et font mal leurs travaux, tous mentent avec leurs pasteurs, oubliant l’horizon du salut qu’indique l’avènement du Messie à Noël. Jean-Baptiste demande qu’on soit à notre travail et qu’on cherche à être simplement juste en tout. Etre juste des biens reçus et dans le travail qu’on fait ou qu’on a à faire. La joie à laquelle exhorte l’apôtre Saint Paul est une joie qui provient de la recherche de la modération, c’est à-dire de la tempérance dans nos manières d’être et de faire et qui rend valeur à la joie eschatologique. Dieu reconnaît notre désir de conversion, c’est pourquoi le salut qu’il nous donne est de nous voir être a-justés à lui. Selon moi, la justice humaine, comme constituant de l’avènement intermédiaire du Christ en nous (saint Bernard de Clairvaux), résulte de l’union à Dieu et permet le salut ou la justification en Lui. Mais c’est Dieu qui l’accomplit en l’homme grâce à son avènement premier.

Père Damien BOKOSSA

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