HOMÉLIE DE LA SOLENNITÉ DU CHRIST-ROI DE L’UNIVERS

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Je voudrais au début de cette homélie consacrer mes premiers mots au tissage du tissu humain constituant l’ancienne et la nouvelle étoffe. Le tissu humain dont il s’agit se fabrique avec deux matières indispensables, la prééminence de l’expérience des aînés et la corrélation de l’histoire avec le présent. Dans notre Eglise locale, les problèmes de personnes endommagent dangereusement le tissu humain, paralysent le progrès, sédimentent les clivages, et retardent notre Eglise. A dessein, nous cataloguons des personnes, éloignons certains confrères, sautons des générations à la cause de la mesquinerie, de la jalousie, et du pouvoir démesuré.

Hier, nous avons eu le bonheur inouï de vivre un KAIROS, c’est-à-dire un temps favorable, un bon moment autour du Jubilé d’argent sacerdotal du père Vice-Recteur, le Révérendissime Père Albert OGOUGBE. J’ai tant voulu être présent pour honorer un aîné dans le sacerdoce, un grand homme de foi, un haut cadre de l’Eglise, un intellectuel de haut vol, une personnalité cohérente et simple. C’est une chance inestimable pour vous, grands séminaristes, et moi de le côtoyer, de le voir au milieu de nous, de l’écouter, de le toucher. Il est la mémoire vivante de cette maison dans laquelle vous avez le bonheur de vivre trois années durant. Je vous invite à aimer cette belle maison de formation et à prendre en grande estime la formation donnée dans ce philosophat.

Cher Père Vice-Recteur, j’honore ce matin votre profil de prêtre-éducateur, de prêtre engagé dans la formation des futurs prêtres, consacré au service de la vie intellectuelle. Je sais que beaucoup d’aînés de votre génération ont été vicaires généraux ou épiscopaux, curés de grandes paroisses avec de grosses responsabilités pastorales, et, ont quelques fois, sans doute, abusé de leur autorité oubliant que tout passe dans la vie. Par contre, votre autorité est enseignante, formatrice, accompagnatrice de futurs prêtres depuis plus d’une décennie. Vous avez donc la meilleure part. Les positions de rapport de forces que nous vivons, à certains moments de la vie, ne doivent jamais nous griser ou nous enfermer dans un personnage imaginaire et éphémère. C’est pour ces raisons qu’il faillait festoyer et célébrer dignement ce Jubilé d’argent sacerdotal en action de grâce à Dieu, Maître de la vie et de l’histoire. Cher Père Albert, vous n’avez pas les avantages et les pouvoirs d’un grand curé de ville, néanmoins vous avez le plein contrôle de vous-même, la richesse de votre pensée, les nombreuses promotions que vous avez formées et vos belles publications. C’est ce qui restera comme marqueur de votre vie sacerdotale féconde.

Cette fête du Christ Roi de l’univers tourne notre regard vers le vrai visage du pouvoir sacerdotal. Le pouvoir sacerdotal est un pouvoir de service des services, de relèvement, et de défense des plus pauvres. Le pouvoir sacerdotal n’est jamais pour asservir ou pour dominer ou pour s’enrichir. Notre unique référence absolue demeure le Christ, premier-né d’être les morts, le prince des rois de la terre, Il nous aime jusqu’au bout du bout, nous sauve du péché et nous fait entrer dans sa royauté. Il nous faudrait trois déterminants cristallisés pour prendre part à ce royaume commençant ici-bas.

  • Se soumettre à l’autorité du Christ et professer qu’il est l’unique essentiel de notre vie

La formation au sacerdoce se personnalise à ce niveau, car il revient à chaque candidat de s’identifier au Christ par mode de dépossession et de reniement des avatars de sa famille biologique ou ethnique. Il n’est pas rare que les familles mettent des ecclésiastiques sous le joug des pratiques syncrétistes et les isolent indûment à l’aide des considérations tragiquement éthiques. Il revient à chaque clerc d’être clair dans le fiat, un fiat qui nécessite une foi pure, sans alliance, et un amour inconditionnel pour l’Eglise, notre Mère, corps mystique du Christ. A cette strate de la vie sacerdotale, tous les sens, toute la vie intérieure, et toutes les convictions se mobilisent pour participer à la maturation éthique d’une vocation sacerdotale authentique au service du Christ, notre Roi et Seigneur.

  • Mourir à soi-même pour vivre pleinement du Christ et uniquement pour Lui

N’est-il pas nécessaire de tuer en nous-mêmes notre ego destructeur ? Ne devons-nous pas lutter contre nous-mêmes, contre nos prétentions, nos avidités, nos cupidités ? Chacun est appelé à faire son examen de conscience en vue de faire vivre le Christ Jésus en lui et non profiter de lui pour se faire une renommée, un statut social et une affaire à gérer.

  • Appartenir à la vérité et être prophète

Soyons des foyers d’amour et de vérité. Nous devons être des incarnations de la vérité en toute cohérence de vie, et dans notre rapport à la doctrine théologique. S’approprier la doctrine chrétienne pour en vivre et faire vivre les autres de façon sereine. Le prêtre est appelé à être un homme de terrain, c’est-à-dire qu’il vit toutes les réalités humanisantes et infra-humanisantes des populations à la base. Le prêtre, comme prophète, devra se faire la voix des sans voix, sans compromission, sans complexe, et sans prétention. La personnalité du prêtre, sa vie, ses actions et ses prises de positions seront toutes en cohérence avec l’appel du Seigneur et la mission d’être sel de la terre et lumière du monde. C’est-à-dire vivre avec le peuple de Dieu tout en l’éclairant.

                                                                                          Arnaud Eric AGUENOUNON

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