JOURNEE MONDIALE DE LA PHILOSOPHIE: Philosophie et digitalisation du savoir

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JOURNEE MONDIALE DE LA PHILOSOPHIE

Thème : Philosophie et digitalisation du savoir

Conférencier : Docteur Sètondji Paterne BOSSOUSSI

Développé en exposé diaporamique, ce thème, au prime abord, nous a fait découvrir le rapport déroutant qu’entretiennent Philosophie et Savoir. En fait, la Philosophie est d’abord vue comme savoir cosmogonique, ensuite comme non-savoir et tension vers le savoir et enfin comme savoir encyclopédique selon que l’on considère respectivement la période présocratique, celle socratique et celles post-socratique et moderne. Ce rapport distingue la Philosophie d’avec le Savoir en un premier temps et en un second temps assimile la Philosophie au Savoir et plus, suppose la philosophie comme le contenant du Savoir. Après avoir posé ces prémisses jugées nécessaires, le professeur passa immédiatement au développement du contenu essentiel de son travail.

Il fait, en effet, la distinction entre digitalisation et numérisation qui sont originellement des termes nés pour l’un dans le langage anglais et pour l’autre dans le langage français. La digitalisation serait donc le stockage, la manipulation des informations numérisées dans le but de les améliorer tandis que la numérisation la traduction de données physiques dans un format numérique c’est-à-dire le transfert d’un élément matériel sur un support immatériel. Il appert que le processus de numérisation est antérieur à celui de la digitalisation quoique ces deux termes aient été constitués dans deux langues différentes.

Pour continuer, l’épistémologue fit une approche conceptuelle des termes Savoir et Philosophie. Il puise dans le Vocabulaire de Philosophie d’André Lalande où le Savoir est défini, au sens A, comme un état de « l’esprit qui connait » et, au sens B, comme « ce que l’on sait ». Pour notre conférencier, l’objectivité, l’organisation, la vérité, la transmissibilité, le volume, la continuité et l’origine psychologique sont les caractéristiques du Savoir et pour qu’une théorie soit qualifiée de Savoir, elle doit répondre à ces critères suscités. Il n’est pas inutile de relever ici que le Savoir est opposé à l’ignorance, l’opinion, la foi, la croyance mais pas à la certitude. Le Savoir est différent de la certitude mais ne s’y oppose point. La Philosophie, quant à elle, est l’ « ensemble des études qui concernent l’esprit ». C’est l’étude critique et réflexive de ce que disent les sciences.

Le philosophe spécialiste des sciences, après cette approche conceptuelle, aborda la question de  l’automate et de l’Intelligence Artificielle (IA). A ce niveau, en fait, parlant du passage de l’automate à l’IA, il distingua l’automate (machine qui peut contrôler son propre mouvement) d’avec la machine (objet artificiel capable de mouvement cohérent). C’est clair donc que l’automate est plus que la machine même si celle-ci lui est la précurseure. La période classique, précisément avec Descartes, Leibniz, Huyghens, La Mettrie et Vaucanson, est celle qui a rendu manifeste l’automatisme de par la capacité de l’automate à simuler la vie, à rendre le vivant humain semblable à la machine par la répétition du travail (Taylor) et à imiter la pensée humaine (Pascal et Leibniz). Ainsi, l’automate, même s’il demeure une machine, est élevé progressivement au même rang que l’Homme. C’est cette progression qui fera naître par la suite, l’IA, grande concurrente de l’Homme.

En dépit de cette concurrence qui menace le philosophe, ce dernier entretient un rapport avec l’automate nous dit Gérard Chazal. Cependant, les IA désirant ravir à l’Homme sa place, ne pourront jamais, selon Jerry Fodor et Zénon Pylyshyn, opérer une généralisation compositionnelle (capacités cognitives les plus distinctives de l’être humain lui permettant de prendre un concept et de l’appliquer à différents contextes) quoique ces IA travaillent et peuvent pratiquement accomplir les mêmes tâches que l’Homme. Nonobstant cette constatation assez rassurante, notre conférencier, affirme que c’est une digitalisation de l’existence qui se profile, se dessine en arrière-fond de la digitalisation du savoir. Le problème n’est donc plus lié à la globalisation du savoir qui sous-tendait le phénomène IA. Bien plutôt, l’IA s’arroge les mêmes fonctions de l’esprit humain. Dès lors que l’IA trahit l’homme, chacune des parcelles de l’existence de ce dernier est transposée en langage numérique. D’où des enjeux épistémologiques, sociaux et éthiques surgissent puisqu’avec l’IA l’existence est désormais scrutée. Le professeur Paterne, en faisant ce diagnostic par rapport à l’IA, félicite ses avancées spectaculaires mais aussi déplore le monstre qu’elle entretient en elle et qu’elle devient : « Le monde digital n’est que la reproduction virtuelle du monde réel avec ses anges et ses démons (Web, DarkWeb, Cyber-attaques, volatilité du capital et de la réputation) ».

Ainsi, notre conférencier, pour une meilleure gestion du numérique qui menace d’emblée la Philosophie, propose-t-il avec Edgard Morin le recours à des savoirs qualifiés de futurs : nécessité de la connaissance, principes d’une éducation universelle, enseignement de la condition humaine, enseignement de l’identité terrienne, affrontement des incertitudes, enseignement de la compréhension, enseignement d’une éthique du genre humain. Toujours est-il que notre conférencier exprime à l’épilogue de son exposé une préoccupation qui consiste en une projection de la révolution numérique en lien avec le sort de l’humanité en état périlleux.

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