Homélie du 29ème  Dimanche du Temps Ordinaire/A

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Homélie

«  A César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » 

Chers Pères, chères sœurs, chers séminaristes et vous bien-aimés du Seigneur qui vous joignez à nous, chaque dimanche pour la célébration eucharistique, bonjour.

Nous célébrons en ce 29è dimanche du temps ordinaire de l’année A, la Journée Mondiale des Missions, journée qui met un terme à la semaine des Missions. Cette journée nous rappelle que l’Église est envoyée pour annoncer la Bonne Nouvelle au monde. D’une manière particulière, le Seigneur nous dit avec insistance à travers les textes de ce jour qu’il est le Créateur de toute chose et qu’en dehors de Lui, il n’y a pas de Dieu.  «  A César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».  Pour cette méditation, je voudrais me focaliser sur l’évangile de ce jour.

Cet évangile nous est d’une certaine manière familier. Il est même l’un des plus célèbres et traite de l’un des sujets toujours d’actualité : le rapport de l’Eglise et de l’Etat. On pourrait même y voir une allégorie des rapports idéaux qui doivent prévaloir entre les autorités civiles et l’Eglise, une célébration du laïcisme en quelque sorte. Mais ce serait faire fausse route et il faut vite déminer le sujet. Pour ce faire, je voudrais commencer par une remarque avant d’aborder trois points :

I – Il n’y a pas d’égalité entre Dieu et César.

II – Il n’y a ni exclusion, ni fusion entre Dieu et César.

III – Au-delà d’une effigie

Remarquons que les pharisiens se trouvaient dans l’optique de tendre un piège à Jésus. On peut donc dire à ce niveau que la question qu’ils posent à Jésus ne les intéresse pas. S’ils avaient trouvé une meilleure question pour atteindre leur but, ils l’auraient posé.  De la même manière la réponse de Jésus leur importe peu ; ils voulaient juste qu’il tombe dans leur piège.

« Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? » Ils attendaient une réponse au dilemme du “permis-défendu” dans lequel bien souvent d’ailleurs nous nous enfermons nous-mêmes.

«  A César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » Ont-ils compris la réponse de Jésus ? Sûrement pas, puisqu’ils ne s’attendaient pas à une réponse ! Mais ils ont tout de même compris qu’il n’est pas tombé dans leur piège. Et nous, avons-nous compris la réponse de Jésus ?

I- Il n’y a pas d’égalité entre Dieu et César.

Le premier malentendu serait de croire qu’il existe un rapport d’égalité entre Dieu et César. Mais il nous faudra nous reporter aux évangiles des deux derniers dimanches ; un homme était propriétaire d’une vigne. Il la confia à des vignerons afin qu’en temps voulu, ils rendent le produit au propriétaire. Ou encore qu’un roi organisa un festin pour les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler les invités.  Il y a d’un côté un maitre du domaine, un roi et de l’autre des vignerons ou des invités. Il y a donc dans ces deux paraboles un personnage qui est plus grand en dignité et qui partage cette dignité avec des gens qui en ont moins que lui. D’une certaine manière, comme ces vignerons César jouit d’un pouvoir délégué. Rendre sa part à chacun, ne signifie nullement que les deux parties sont au même niveau. L’homme doit rendre des comptes à Dieu de ce qu’il fait. César est donc soumis à Dieu et doit lui aussi rendre des comptes.

Rendre à César ce qui est à César serait donc lui rendre ce qui relève de son pouvoir délégué pour qu’à son tour il puisse rendre compte en son temps de ce pouvoir à Dieu. Il y a là d’une certaine manière, la manifestation du principe de subsidiarité où Dieu délègue son pouvoir sans toutefois intervenir directement. On ne peut donc établir un rapport d’égalité entre Dieu et César.

On le comprend aussi, le pouvoir de César est grand. Mal exploité, ce pouvoir peut être destructeur. C’est en cela que Saint Jean Chrysostome souligne qu’il est du devoir de tout chrétien de prier pour ceux qui nous gouvernent, que nous les ayons élus ou pas. La prière du chrétien pour les dirigeants est un devoir de charité pour le bien de tous. En priant pour les gouvernants, le chrétien invoque sur eux la lumière de l’Esprit-Saint pour éclairer leurs actions.

Sommes-nous prêts à prier pour le président de la république, le maire d’Abomey, le chef quartier de Djimè, notre recteur, nos formateurs, notre doyen, nos chefs de classe, notre chef de cabine pour ceux qui sont deux. Sommes-nous prêts à prier pour tous ceux qui détiennent un pouvoir ?

II- Il n’y a ni exclusion, ni fusion entre Dieu et César.

Le second malentendu serait de croire qu’il existe une sorte de coupure radicale entre Dieu et César. On ne pourrait donc dire que l’Eglise s’occupe de Dieu et l’Etat des affaires humaines. Il est vrai que Jésus n’a jamais fait de politique au sens strict et n’est pas intervenu dans l’histoire politique de son peuple. Il y avait pourtant des sujets importants : une occupation étrangère, une injustice sociale, de l’esclavage, des problèmes sociaux, politiques, religieux ne manquaient pas à l’époque du Christ. Pourtant, l’évangile ne contient pas de prises de positions en ce genre de domaine. On pourrait penser alors qu’il y a d’un côté les problèmes sociaux et politiques et de l’autre les problèmes spirituels et religieux.

Mais ce serait oublier le commandement de l’amour du prochain et l’injonction de Jésus de faire passer le pauvre, le méprisé, le rejeté avant toute autre chose. Aimer Dieu et son prochain, cela ne constitue qu’un seul commandement, on ne peut exclure l’un de l’autre, séparer le religieux du social ou du politique.

Cette séparation, on peut aussi vouloir l’opérer dans notre vie. Cloisonner notre vie sociale de notre vie de chrétien en nous autorisant toutes les déviances. La vie du chrétien n’est pas cloisonnée. En vivant dans la cité, notre identité de chrétien doit apparaître. Il y a un reproche qu’on nous fait, nous chrétiens, et ceci à juste titre, c’est de vivre en déphasage avec ce que nous sommes sensés être, ce que nous enseignons, ce que nous recevons. C’est simplement de mener une double vie, une vie de contre témoignage. Notre effort sera de vivre dans la cité comme de véritables chrétiens dont la vie témoigne du Christ.

Payer ou non l’impôt, c’était rester à la périphérie. Il nous faut aller plus loin que l’effigie, lire au-delà de l’inscription, découvrir quelle réalité elle exprime, quelle est la hiérarchie des valeurs.

III- AU DELA D’UNE EFFIGIE.

Comme pour toutes choses et toutes situations humaines, une vérité plus profonde nous attend au-delà de tous les signes terrestres. Les pharisiens le savaient bien et c’est pourquoi ils posent cette question à Jésus.

En demandant une pièce d’argent, Jésus leur rappelle qu’ils l’utilisent couramment, sauf dans les offrandes versées au Temple. Sur cette pièce, il y a, gravée, l’effigie de l’empereur. Or un vrai juif refuse la représentation en images, non seulement de Dieu qui est transcendance, mais aussi d’un homme, et spécialement d’un empereur qui se prend pour un dieu. La seule image de Dieu, selon la Parole Divine du livre de la Genèse, c’est l’homme vivant : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance ». (Genèse 1. 26) Mais dans le Christ, nous avons la plénitude de l’image de Dieu.

Cette pièce doit être rendue à son propriétaire. “Rendez à César…” Cela ne signifie pas l’autonomie du domaine politique par rapport au domaine religieux. La politique en effet est un des lieux concrets d’exercice de la charité. La loi morale doit s’y manifester de plein droit, car c’est l’un des moyens par lesquels, en aimant ses frères, le chrétien manifeste son amour de Dieu.

Il y a un lien entre ces deux domaines, puisqu’on ne peut servir Dieu en dehors des médiations humaines. La relation ne signifie pas la confusion. Toute sacralisation du pouvoir politique est idolâtrie. Ce qui intéresse Jésus, c’est “Dieu seul”. Il faut rendre à Dieu ce qui lui appartient, à savoir l’homme tout entier. Jésus n’esquive donc pas une question délicate. Il ouvre une perspective nouvelle dans une vision étriquée du politique.

Il nous offre la seule liberté possible, celle de choisir en notre âme et conscience, ce qui va dans le sens d’une plus grande humanisation des rapports sociaux.  Rendre à César ce qui est à César, c’est en définitive accepter l’incarnation, c’est accepter la réalité humaine, c’est accepter le chemin qui nous permet, dans un juste comportement vis-à-vis de “César” de pouvoir rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est-à-dire la totalité de l’homme.

En ce dimanche où nous célébrons avec toute l’Eglise la journée mondiale des missions,  le thème retenu est « Cœurs brûlants, tous en chemin » (évangile des pèlerins d’Emmaüs).

Au-delà de la mission d’évangélisation que les séminaristes auront cet après-midi en se rendant par petits groupes dans les maisons environnantes, c’est toute notre vie qui doit être une évangélisation à travers notre unité de vie.

Laissons-nous interpeler par l’appel du pape Paul VI :

« L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins ». Paul VI, Evangelii nuntiandi

Accueillons la grâce pour être capables à notre tour de la transmettre. La qualité de notre vie chrétienne dépend de la qualité de notre relation à Dieu.

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