Homélie du quatrième dimanche de Pâques Année C

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L’identité de la voix et la cohérence de la réponse

La voix inconfusible du Bon Pasteur

Les temps de Pâques pourraient être vus comme de véritables moments de révolution, des temps explosifs aux conséquences entrainantes et aux envergures universelles. Le ferment de Pâques est le levier salvateur qui soulèvera le monde, non pas à partir d’un lieu traditionnel et historique devenu quasi évident, c’est-à-dire chez les juifs, mais à partir de la périphérie, à partir des lointaines berges d’une humanité étrangère au vrai Dieu, c’est-à-dire les païens.

Paul et Barnabé arrivèrent en effet à Antioche en Pisidie, ville où ils se sont rendus deux fois en 46 apr. J.-C. Mais à leur première visite ils ont été chassés par les Juifs fort nombreux dans cette ville. Mais ils n’étaient pas forcément mal reçus (Act 13,42-44). C’est bien plutôt les chefs Juifs qui les chassèrent comme nous le lisons dans Act. 13, 45-50, première lecture de ce jour. Antioche fut l’une des premières villes d’Anatolie à adopter le christianisme. Paul y fonde plusieurs communautés chrétiennes. La première et la plus grande église dédiée à saint Paul fut construite plus tard à l’emplacement où il prononça son sermon. Nous sommes donc en territoire païen, un jour du sabbat, au milieu d’un peuple juif de la diaspora et de nouveaux convertis au judaïsme.

Le présent contexte du temps pascal n’est qu’une immersion spirituelle et liturgique et une anamnèse de cette période d’après la résurrection du Christ, période où le grand zèle apostolique des disciples va se décupler et irradier toutes les contrées de la Palestine et particulièrement des terres païennes lointaines. C’est dans ces terres encore stériles ou vierges, étrangères au message du crucifié, mort et ressuscité que le glaive de la Parole, par la bouche de Paul et de Barnabé transpercera l’orgueil et l’opacité des juifs et attisera leur fureur. Il faudra noter que les apôtres, Paul en l’occurrence, détiennent ce je ne sais quoi de percutent et d’aiguillonnant qui ébranle le fondement des certitudes religieuses des chefs des juifs avec le don secret de les mettre en ébullition. Cet élément détonateur n’est rien d’autre que la force du témoignage de la vérité que seule donne la grâce de Dieu. C’est cette grâce qui porte le témoignage tout en restant son âme et sa flamme. C’est pourquoi St Paul exhorte le peuple à y rester fidèle : « Paul et Barnabé, parlant avec eux, les encourageaient à rester attachés à la grâce de Dieu ». (Ac 13, 43).

Le sabbat suivant, Paul et Barnabé étaient encore au rendez-vous du témoignage. Toute la ville était présente. « Quand les Juifs virent les foules, ils s’enflammèrent de jalousie ; ils contredisaient les paroles de Paul et l’injuriaient. Paul et Barnabé leur déclarèrent avec assurance :

« C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu.
Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle,
eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes »
. Dieu tourne en dérision son peuple rebelle et fermé à sa Parole, et se tourne vers le reste de l’humanité appelé aussi au salut. « J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac. 13, 47).

Tu es pasteur, un envoyé, pour que la promesse du salut atteigne tout homme en ce monde. « En entendant cela, les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle devinrent croyants ». (Ac 13, 48)

La prophétie de Jean ainsi s’accomplit : « Moi, Jean, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main ». (Ap. 7, 9)

Pâques est le temps de la révélation de notre salut en Jésus-Christ. Mais elle est par la même grâce le moment et le creuset de la confirmation et de la manifestation de la vocation et de l’apostolat des disciples du ressuscité. Toute vocation et toute mission trouvent leur origine dans le mystère pascal, comme lieu de surgissement et d’irradiation sur l’univers entier.

En la personne du Christ ressuscité se révèle le Bon Pasteur, le Guide par excellence de l’humanité rachetée. C’est dans la grâce de ce Bon Pasteur que tout pasteur est configuré, consacré et envoyé dans les lieux arides de nos vies afin de faire retentir la voix de Celui-là qui rassemble en son Saint Nom tous ses frères dispersés.

Comme son Père et Lui sont un, sa mission salvifique est de nous agréger à lui dans une communion parfaite, afin qu’en lui nous demeurions en unité indissoluble. Dans un monde au voix discordantes et dissonantes, il nous faut cette Voix divine que rien ne peut altérer ni couvrir, cette Voix jamais aphone, plus forte que nos voix et nos bruits, cette Voix qui se fait radicalement désirer et entendre là où Dieu et l’homme communient à l’origine de l’être se l’homme apprends constamment à se redire à lui-même. Ce lieu est la conscience. Notre conscience est faite pour résonner de l’écho de la Voix de Dieu, du Bon Pasteur qui se plaît à y chanter au quotidien l’hymne des origines de monde. Comme des brebis, nous courons notre vocation à la vie, bercé et guidés par la Voix qui rassure. « Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père ». ‘Jn 10, 27-28).

Frères et sœurs dans le Christ, Ce double rappel en ce quatrième dimanche de Pâques de la figure du Bon Pasteur et de la célébration de la journée mondiale de prière pour les vocations restitue pour nous le sens et la sacralité ultimes de toute vocation en Dieu. Si chaque vocation est un appel à l’accomplissement d’une mission ou encore une suscitation à demeurer dans la cohérence première des exigences de son être propre, alors il y a nécessairement entre Celui qui appelle et celui qui est appelé un lien ontologique irréfragable en dehors duquel toute vocation n’est qu’usurpation, supercherie et agitation stérile. La logique divine au cœur de toute vocation est simple et limpide. Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut crier son propre nom et y répondre aussitôt après en écho. On ne s’appelle pas soi-même. On ne force pas l’appel non plus. La vocation est don en tant qu’elle surgit de façon inattendue d’un ailleurs aux élans humainement imprévisibles, quelques soient les interférences apparentes de l’homme. Et cette vocation est aussi mystère car elle vient toujours comme un événement imprévisible, parfois déconcertant et bouleversant. [Parfois il y a des vocations recommandées, taillées sur mesure, poussées, exigées, forcées, désirées à tout prix, trafiquées, négociées, gérées, parrainées, implorées, espérées, téléguidées, renforcées, volées, truandées, achetées, népotisées, accompagnées, et même imposées, etc….]. Ce ne sont point là des vocations. Il y a là honteusement une parodie d’appel, une commercialisation de poste, une intrusion abjecte de vils trafiquants dans le champ du Seigneur. Cette pratique est inopérante et finit toujours par se révéler très problématique dans la pastorale. C’est une corde permanente au cou de l’Evêque ou de la Mère qui, par onction, se passe royalement de l’avis de ce à qui il revient d’en juger ; et qui ont jugé sur des années, par des avis pluriels et variés. Dieu est l’auteur de toute vocation et en a le dernier mot.

« L’identité de la voix et la cohérence de la réponse » ou encore « la voix inconfusible du Bon Pasteur » proposais-je en titre ou comme thème de méditation pour ce jour solennel. Et cela rime bien avec l’enseignement du Pape François pour cette 56ème journée mondiale de prière pour les vocations. Il insiste à juste titre, et s’inspirant du contexte de notre temps, sur « Le courage de risquer pour la promesse de Dieu ».

Chers frères et sœurs,

Après avoir vécu, en octobre dernier, l’expérience dynamique et féconde du Synode dédié aux jeunes, nous avons récemment célébré à Panamá les 34èmes Journées mondiales de la Jeunesse. Deux grands rendez-vous, qui ont permis à l’Eglise de tendre l’oreille à la voix de l’Esprit et aussi à la vie des jeunes, à leurs interrogations, aux lassitudes qui les accablent et aux espérances qui les habitent.

En reprenant justement ce que j’ai eu l’occasion de partager avec les jeunes à Panamá, en cette Journée mondiale de prière pour les Vocations, je voudrais réfléchir sur la manière dont l’appel du Seigneur nous rend porteurs d’une promesse et, en même temps, nous demande le courage de risquer avec Lui et pour Lui. Je voudrais m’arrêter brièvement sur ces deux aspects – la promesse et le risque – en contemplant avec vous la scène évangélique de l’appel des premiers disciples près du lac de Galilée (Mc 1, 16-20).

(Deux couples de frères – Simon et André avec Jacques et Jean – sont en train d’accomplir leur travail quotidien de pêcheurs).

Très chers, il n’est pas toujours facile de discerner sa vocation et d’orienter sa vie d’une façon juste. Pour cela, il faut un engagement renouvelé de la part de toute l’Eglise – prêtres, personnes consacrées, animateurs pastoraux, éducateurs – afin que s’offrent, surtout aux jeunes, des occasions d’écoute et de discernement. Il faut une pastorale pour les jeunes et les vocations qui aide à la découverte du projet de Dieu, spécialement à travers la prière, la méditation de la Parole de Dieu, l’adoration eucharistique et l’accompagnement spirituel.

… Nous devons regarder Marie. Dans l’histoire de cette jeune fille, la vocation a été aussi en même temps une promesse et un risque. Sa mission n’a pas été facile, pourtant elle n’a pas permis à la peur de prendre le dessus. Son “oui” a été « le “oui” de celle qui veut s’engager et risquer, de celle qui veut tout parier, sans autre sécurité que la certitude de savoir qu’elle était porteuse d’une promesse. Et je demande à chacun de vous : vous sentez-vous porteurs d’une promesse ? Quelle promesse est-ce que je porte dans le cœur, à réaliser ? Marie, sans aucun doute, aura eu une mission difficile, mais les difficultés n’étaient pas une raison pour dire “non”. Certes elle aura des difficultés, mais ce ne seront pas les mêmes difficultés qui apparaissent quand la lâcheté nous paralyse du fait que tout n’est pas clair ni assuré par avance » (Veillée pour les jeunes, Panama, 26 janvier 2019).

En cette Journée, unissons-nous dans la prière en demandant au Seigneur de nous faire découvrir son projet d’amour sur notre vie, et de nous donner le courage de risquer sur la route qu’il a depuis toujours pensée pour nous. »

 Père Guy d’OLIVEIRA

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