HOMÉLIE DU PREMIER DIMANCHE DE L’AVENT / ANNÉE C

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Le jeudi dernier au cours d’épistémologie avec les deuxièmes années, nous avons fait le tour de la question du transhumanisme et du posthumanisme. Dans nos analyses, nous avons l’impression et ce depuis l’avènement du covid que le monde ancien s’écroule et un nouveau monde est en train de se construire pour donner naissance non plus à un homme mais un transhumain ou pire un posthumain. Ce qui est totalement le contraire de ce que Saint Luc annonce dans sa péricope évangélique de ce jour. En fait, cette péricope suit immédiatement la description du siège de Jérusalem (v. 20-24). Pour les juifs, il doit avoir la chute de la ville sainte, comme signe de la fin de l’ancien monde et l’avènement du royaume messianique. Ce Royaume annoncé dans la première lecture extraite du livre de Jérémie à travers la promesse faite à David mais qui traîne à se réaliser donnant l’impression de l’échec de Dieu dont nous parlions au cours. Il semble que Dieu a échoué. Lui qui avait fait l’homme pour son bonheur, la maladie, les catastrophes, la misère, et la mort le mettent en échec. Ainsi, l’Homme par la technologie en ses divers aspects veut relever le défi de la victoire sur la maladie, sur la mort à travers le posthumanisme. La solution de l’homme pour l’homme c’est de dépasser et de transcender l’homme. Quel paradoxe ?

Pour la liturgie de ce jour, la solution n’est pas la fin de l’homme. Voilà pourquoi, le prophète Jérémie affirme sa foi en la promesse à tenir de Dieu et que Saint Luc annonce. Il ne s’agit pas de la fin du monde encore moins de la fin de l’homme ; mais le passage de l’ancienne humanité à l’Homme nouveau, l’Homme filial, désigné comme le « Fils de l’homme ». Le monde d’aujourd’hui a donc besoin de prophètes pour rappeler la puissance divine qui tient parole et qui contrôle tout. Qui sera notre prophète en ce temps ? Qui va sortir de ses peurs pour porter la nouvelle de la filiation ? C’est-à-dire qui va accepter être fils pour que l’Homme naisse à nouveau. « Les hommes mourront de peur … » nous dit l’évangile. Mais ils resteront là dans leur peur à la recherche d’un espoir qui leur viendra de la venue dans la nuée du Fils de l’Homme. « Alors on verra le Fils de l’Homme »

A l’horizon de la supposée fin, apparaît encore l’Homme, mais cette fois-ci, l’Homme Intégral, l’Homme filial, et non l’homme patricide et déicide de nos jours ; l’homme meurtrier et destructeur de soi ; non l’homme machine, augmenté ou amélioré mais l’Homme Filial et donc Fils d’un Père Divin. Voilà ce que célèbre le temps de l’Avent : l’appel, l’espérance d’être fils dans l’Homme filial. Avent, c’est le temps de l’espérance, le temps d’attente. C’est le printemps chrétien. On attend parce qu’il vient « dans la nuée, avec grande puissance et grande gloire. » Il vient c’est dire qu’il n’est pas encore venu. C’est cela qui justifie l’attente. Mais notons que cette venue dans la nuée, plus éblouissante que les astres dans le ciel, n’est pas l’événement dernier, il n’est pas l’instant ultime qui mettrait un terme à l’histoire : on le voit venir, il est en mouvement, il se rapproche ; sa venue n’est donc pas instantanée, mais s’étale dans le temps. De plus, s’il est voilé dans une nuée, il n’est donc pas constatable comme les évidences de la réalité ordinaire. A ce constat, l’homme croit à l’échec, alors qu’il doit juste discerner. Pour pouvoir le discerner en train de venir « avec grande puissance et grande gloire », il faut un autre regard : le regard de la foi.

Mes frères, avec la Foi tout commence : « Quand commenceront ces événements » nous écrit Saint Luc. Il ne s’agit donc pas d’une fin mais un commencement. Avec Dieu, tout commence. Car il est le Dieu des Nouveautés. Une nouvelle attente. Une nouvelle espérance. Une nouvelle naissance, celle de l’homme nouveau, du Fils de l’Homme. Et comme la nouveauté attire, le temps de l’Avent, temps des Nouveautés est du coup le temps du redressement et du relèvement : « Redressez-vous et relevez la tête. » Il ne s’agit plus de regarder les choses de la Terre, les choses de ce monde, nos lieux de chutes mais il s’agit de regarder vers les choses d’en-haut. Il s’agit de commencer la Résurrection déjà pour la Noel. Le fils de l’Homme vient, il est en train de venir. Il faut donc se redresser et relever la tête tout le temps de sa venue. Il ne s’agit pas de baisser la garde mais de tenir ferme. Nous retrouvons notre Sistere. « Tenez-vous sur vos gardes » nous dit Saint Luc. S’il y a garde, c’est qu’il y a risque, qu’il y a danger : la débauche morale qui s’exprime à travers nos infidélités, nos appétits mal assumés ; nos débauches spirituelles à travers nos vues d’esprits qui ne tiennent que sur nos intérêts, nos volontés et non celles de Dieu ; et nos débauches intellectuelles avec nos discussions et nos arguments intellectuels dans lesquels nous nous célébrons faisant croire que nous défendons Dieu. Autres risques et dangers qui alourdissent notre cœur, c’est l’ivrognerie à travers nos désirs soûlant de pouvoirs, de matériels et les soucis de la vie : comment réussir, se faire un nom, se donner des titres, diviser pour régner. Nos douces somnolences que tout baigne pour nous, nos trop grands désirs de confort, l’absence de prière alourdissent notre cœur, l’épanchent vers la terre et nous empêchent de nous redresser et de relever notre tête. Au cœur léger, tête levée.

Pour voir venir le Fils de l’Homme et lui offrir nos corps d’homme afin de devenir l’Homme filial, il nous faut réaliser chaque jour notre sursum corda en y tenant fermement. Deux moyens nous sont indiqués par Saint Luc et Saint Paul : restez dans la prière en tout temps et aimer constamment. Il ne s’agit pas de se convaincre d’aimer et de prier régulièrement, mais il s’agit de progresser. L’amour rend léger et fait redresser. Alors si tu es appelé à être prophète de l’Avent lequel seras-tu ? prophète qui ne fait que dénoncer le mal chez les autres ?  Ou prophète qui s’émerveille et diffuse l’amour ? Aimer c’est contempler et s’émerveiller devant le bonheur, la réussite, la joie et le progrès de l’autre. Et toi ? Que fais-tu de tes jalousies ? Es-tu capable de t’émerveiller devant la foi et la générosité de ton frère chrétien ? Te sens-tu frère avec l’autre même quand il a chuté ? Le désir de voir l’autre devenir frère en Jésus te tenaille-t-il les entrailles ?

Dieu veut faire de toi le Vigile de la Naissance de la Fraternité. Il te fait confiance. Et toi vas-tu l’honorer ou le fait mentir en t’enfermant dans ton égoïsme et ton orgueil ? Le temps de l’Avent est le temps des vigiles, des gardiens de la confiance de Dieu. Peux-tu être le gardien de la foi, c’est-à-dire celui qui accueille l’éternel aujourd’hui de Dieu au cœur de son histoire et de ses frères ? Tous les jours de notre vie, Dieu commence la nouveauté, il faut être vigilant pour découvrir et en devenir prophète. Et le lieu par excellence de la Nouveauté divine au quotidien c’est la célébration eucharistique. Elle est le lieu par excellence où s’opère la rencontre entre l’événement ultime et le temps présent. La Messe anticipe l’avenir, en l’accueillant dans le présent. Elle signifie que le Règne est déjà là, mais que nous cheminons vers lui dans le clair-obscur de la foi. Il ne s’agit plus d’un événement futur, puisqu’il est advenu dans la résurrection du Christ ; c’est par la vigilance du cœur que nous sommes invités à le découvrir dans l’épaisseur de chaque instant, comme promesse de la transfiguration à venir. C’est précisément ce que le Seigneur réalise pour nous dans chacune de nos célébrations : « Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Alors ils se dirent l’un à l’autre : “Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Écritures ?”» (Lc 24, 30-32)

Alors mon exercice pour cette semaine et pour tout le temps de l’Avent, c’est d’essayer de vivre toujours au mieux mes messes en les préparant à l’avance afin qu’à chaque messe, mon cœur puisse brûler d’ardeur pour l’avènement de l’Homme filial à travers mes témoignages quotidiens de geste de fraternité à l’égard de quelqu’un. Tu demandes à Dieu de faire de toi son fils, il te donnera un frère à accueillir et à aimer. Tu demandes à Dieu te faire de toi un bon chrétien, il te donnera une communauté à porter, à vivre et à réaliser. Tu demandes à Dieu de faire de toi un bon prêtre, il te donnera des frères et sœurs capricieux et difficiles à conduire. Sois le prophète de la fraternité, en devenant l’apôtre de l’amitié au cœur de l’humanité.

                                                                              Père GAINSI Grégoire-Sylvestre M.

 

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