Homélie de ce jour Dimanche 10 novembre 2019

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32e dimanche T. Ord. 32e dimanche du Temps ordinaire : Année C

Saint du jour : saint Léon Le Grand, pape (440 – 461)  et docteur de l’Eglise. // 10/11//

Il a lutte contre l’hérésie des Eutychès qui menaçaient la foi dans le mystère de l’Incarnation. Mais, conscient de sa charge, Saint Léon Le Grand ne manquait pas, en tant que pasteur, de rappeler au peuple que la foi doit s’exprimer dans la vie.

Lectures : Luc 20, 27-38 ; 2M.7, 1-2. 9-14 ; 2Th. 2, 16 – 3, 5.

Les Sadducéens interrogent Jésus sur la problématique de la résurrection. Saisissant  l’occasion, Jésus redit fortement ce qui fonde notre espérance chrétienne. Et pour saisir cette problématique, je juge bon de chercher à savoir :

Pourquoi ce sont les Sadducéens qui posent la question ?

La réponse de Jésus

Comment comprendre que Jésus s’appuie sur la déclaration de Dieu à Moïse dans l’épisode du buisson ardent (Exode 3, 6) ?

1° Pourquoi ce sont les Sadducéens qui posent la question ?

Les sadducéens posent à Jésus cette question avec beaucoup d’arrière-pensées. Vous vous rappelez qu’ils étaient adversaires de Jésus à la Passion ; et depuis, on ne les a plus revus en scène dans l’évangile. Ils réapparaissent seulement pour interroger Jésus sur la situation de l’homme après la résurrection. En effet, les Sadducéens étaient des membres de la classe dirigeante de Jérusalem ; ils constituaient l’élite sacerdotale et politique d’Israël, dominée par l’entourage du Grand Prêtre. Ils étaient très conservateurs en religion et ils n’admettaient que l’autorité du Pentateuque et rejetaient autant la tradition orale que les croyances nouvelles. La foi en la résurrection, surgie en Israël au IIe siècle avant J. C., n’était pas normative à leur yeux, d’où le cas qu’ils soumettent et exposent à Jésus : suivant la loi du lévirat (Deutéronome 25, 5-10), un homme devait épouser sa belle-sœur en cas de décès de son frère pour assurer une descendance à celui-ci. La situation, tirée à l’absurde, est celle d’une veuve stérile, épousée successivement par sept frères : de qui sera-t-elle reconnue l’épouse dans le monde nouveau des ressuscités ? Faussement naïve, la question porte non seulement sur le fait de la résurrection qui ne fait l’objet d’aucun doute pour les pharisiens, mais ces sadducéens  viennent à Jésus pour brocarder (se moquer de) une conception matérialiste de la résurrection, assimilée à un simple retour à la vie terrestre, que diffusaient certaines tendances. On peut donc dire qu’ils approchent Jésus pour le mettre à l’épreuve.

2° La réponse de Jésus

Jésus, Maître qui enseigne avec autorité et se distingue en cela des répétiteurs de son temps, ne se laisse pas prendre aux arguties de ses adversaires qui, friands de discussions sans fin sur d’apparentes contradictions, cherchent non à s’instruire mais à tendre des pièges. On ne fait pas la leçon à celui qui est la vérité. Méprisant le piège et profitant de l’opportunité, Jésus décline sa réponse en deux volets pour exprimer ses deux enseignements précieux :

Premièrement (v. 35-36) : C’est comme si Jésus donnait raison aux sadducéens contre leurs adversaires (les pharisiens), mais en réalité Jésus veut montrer que le monde de la résurrection n’est pas la reproduction du monde terrestre comme l’au-delà n’est pas la copie du monde présent ou de l’en deçà : dans l’autre monde, le mariage n’a plus cours. L’autre monde est un monde autre, inimaginable et indicible. Dire que les ressuscités sont pareils aux anges (v.36) signifie qu’ils sont du côté de Dieu plutôt qu’à la ressemblance humaine ; ils partagent une condition céleste dont Dieu a le secret ; ce qui revient à dire que ces ressuscités sont désormais des créatures issues de Dieu ; en d’autres termes, ils sont fils de Dieu. A la résurrection, de qui cette femme sera reconnue l’épouse ? A ce sujet, la réflexion humaine s’arrête aux portes de la mort : au-delà, règne le mystère de Dieu, car dans la condition des ressuscités, l’amour sera transfiguré par rapport aux amours humaines qui sont une image de l’union entre eux et avec Dieu, de ceux qui participeront à la Résurrection. // On peut aussi comprendre que l’union des époux préfigure leur union spirituelle en Dieu //

Deuxièmement, Jésus donne tort aux Sadducéens dans leur négation de la résurrection. Dans leur raisonnement, en effet, les sadducéens oublient de prendre en compte l’œuvre de transformation que constitue la résurrection. La pratique du lévirat que les Sadducéens évoquent pour railler l’idée de la résurrection des morts visent à maintenir la lignée d’une personne (et donc sa vie) après la mort. Or, après la résurrection, la mort n’existera plus ; et les hommes n’auront plus besoin de vivre à travers leur postérité. L’acte de la résurrection change la nature de l’homme croyant du tout au tout ; il s’agit de retrouver non pas la condition humaine améliorée, mais d’entre dans la vie de fils de Dieu. A la réalité profonde de l’union conjugale terrestre fera place une union certes encore indicible, mais dont la profondeur n’aura rien à envier à l’union des époux sur cette terre.

3° Comment comprendre que Jésus s’appuie sur la déclaration de Dieu à Moïse dans l’épisode du buisson ardent (Exode 3, 6. 15) ?

Invoquer le Dieu de l’Alliance, c’est rappeler la fidélité de Dieu à son peuple au cours des siècles : en effet, au cours des siècles précédents, les promesses de Dieu n’excluaient pas l’avenir terrestre du peuple. Les croyants espéraient aussi la prospérité de leur nation. Avec le martyre de sept frères dont on ignore les noms, dans le 2e livre de Maccabées, le peuple progresse dans la foi avec l’idée d’une résurrection individuelle : « Tu nous exclus de cette vie présente, mais le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle » (2 M. 7, 9). Il ne s’agit pas de se nourrir d’un espoir de la survie de l’esprit ou de l’âme. Désormais, le croyant croît qu’il ressuscitera corps et âme pour aller à la rencontre de son Dieu. En fait, Dans le livre d’Ezéchiel 37, à travers la vision des os desséchés, Dieu promettait de ressusciter son peuple mort, corps et âme, pour partager avec lui son bonheur au dernier jour. Le propos du livre de Maccabées, tout en exaltant le courage du croyant dans le martyre, nous indique que le bonheur terrestre n’est plus le seul horizon de la vie. Une telle foi encourage et permet de concevoir autrement la vie dans la conviction que Dieu n’abandonne pas les siens. L’affirmation qu’il est non pas « le Dieu des morts, mais des vivant » ne reste pas sans conséquence comme on peut le lire dans le 2e livre de Maccabées 7, 14 : « Mieux vaut mourir de la main des hommes en tenant de Dieu l’espoir d’être ressuscité par lui […] ». Selon cette conception, les hommes du passé ne sont pas oubliés de Dieu, mais ils vivent pour lui ; parce que Dieu les aime, ils sont toujours vivants dans la mémoire divine. Donc, l’au-delà est un espace où Dieu fait revivre, mais d’une façon radicalement autre, ceux qui ont été de leur vivant en relation avec lui. [Le cas des incroyants n’est pas, ici, envisagé]. Ainsi, nous comprenons que l’Eglise,  corps mystique du Christ, englobe tous ceux qui sont ou qui vivent en Dieu. S’il n’y avait pas de résurrection des morts, les croyants d’autrefois seraient définitivement disparus et oubliés. Or, le Dieu de la vie n’aurait pas associé son nom à des disparus ; et puisqu’il est le Dieu des vivants, tous ceux qui sont déjà morts et qui ont crû en Dieu ou en son Fils Ressuscité reviendront à la vie et il y aura résurrection lors de la venue finale dont parle Paul dans la seconde lettre aux Thessaloniciens. Ce sujet difficile avait suscité des incompréhensions chez les Thessaloniciens quand bien même ils seraient élus par Dieu lui-même ; et peut-être la même question demeure obscure même pour nous aujourd’hui, d’où le besoin de l’éclairage de Paul qui corrige et précise. Même si les données au sujet du retour du Seigneur et de la résurrection des morts restent complexes, nous pouvons savoir que le Seigneur est proche mais qu’il n’est pas encore là ; que l’opposition à l’évangile et à l’Eglise ne va pas disparaître et que cette opposition est caractéristique de la période qui précède la venue du Christ ; que Dieu a appelé à lui un peuple et qu’il veille sur ses enfants ; que la vigilance et le discernement sont l’attitude adaptée aux temps qui sont les nôtres. C’est pourquoi, dans l’attente de cette venue, l’Apôtre Paul qui termine sa troisième lettre par diverses instructions, exhorte à la prière permanente, à une vie cohérente et responsable.

Que le Seigneur, par sa grâce nous y aide et que Marie intercède pour nous. Amen !

                                                                      Donnée à Djimè, dimanche 10 / 11 / 2019

                                                                                 Père Pierre G. MUBAMBAR, Pss

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