PREMIER DIMANCHE DE CAREME ANNEE B

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Dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan

Bien aimés du Seigneur Bonjour,

 Témoignage d’un pélé-treck dans le désert marocain

C’était en 2012. Notre fils Guillaume âgé alors de 17 ans était parti dans le désert marocain avec d’autres jeunes de son lycée, accompagnés par un prêtre. A son retour, nous l’avions trouvé transformé ; d’ado renfermé, il était devenu enjoué, lumineux… Lors de la réunion de parents, à leur retour, nous avons demandé au prêtre s’il ne voulait pas organiser la même chose pour des adultes.

Il a accepté ! Et l’année suivante nous sommes partis avec d’autres couples (pour la plupart des parents de lycéens, mais aussi d’autres personnes), une vingtaine de personnes en tout, dans le moyen Atlas Marocain au mois d’avril. C’était un pélé-treck à 3 dimensions : sportive, spirituelle et fraternelle. Nous sommes partis pour une semaine en autonomie avec portage sur le dos de nos affaires (mais il y avait 2 mules le premier jour), des vivres, bouteille de gaz, réchaud mais pour alléger au maximum la charge, nous n’avions pas de tente, nous dormions à la belle étoile.

La portée spirituelle de cette marche a été forte pour mon mari et moi. Le Seigneur est venu nous rencontrer l’un et l’autre en particulier lors de la première messe en plein air dans un cadre où la Création était vraiment resplendissante. Nous avons été saisis par Sa Présence dans cet écrin de beauté. Lors de cette première messe, le prêtre a prêché sur le retournement du cœur que nous étions invités à faire pendant la marche et à ce moment-là, une des mules qui était couchée par terre s’est retournée. Un premier petit Clin d’œil.

Tout a fort bien commencé. Le troisième jour nous remarquions que le prêtre était inquiet. Il regardait souvent le ciel qui devenait sombre alors que nous avions eu grand soleil jusque-là. Nous nous sommes installés pour la nuit à flanc d’une paroi rocheuse. Il faisait de plus en plus froid. Vers 2h du matin il a commencé à neiger. Nous étions dans nos sacs de couchage sans abri. Petit à petit tout se recouvrait de neige, nous aussi ! Pour ne pas nous refroidir, nous avons chanté, dansé, toute la nuit ! Pour moi cette nuit-là, le mot « fraternité a pris chair » : une des personnes a enfilé ses chaussettes très chaudes sur mes mains gelées (nous n’avions pas d’équipement pour le froid et la neige), c’était un petit miracle d’amour fraternel.

Au petit matin nous étions épuisés et quand le jour s’est levé, nous avons découvert ce beau paysage enneigé, mais plus de trace de chemin ! Comment repartir ? Au bout de quelque temps le prêtre nous lance « vite, préparez vos affaires, on part ! ». Il avait repéré de loin une mule et son muletier, ils allaient probablement vers un village, il fallait les suivre de toute urgence. Ce que nous avons fait. Toutes nos affaires étaient trempées. Nous marchions dans le brouillard, dans le froid glacial, sous la neige qui tombait toujours. Ce fut long et pénible. Mais au bout d’un moment, nous sommes arrivés dans un village. Il y avait quelques maisons aux portes et volets fermés. Nous nous sommes mis contre le mur d’une de ces maisons pour bénéficier de l’abri du toit qui débordait largement. Nous étions protégés de la neige.

Tout à coup, la porte de cette maison s’ouvre ! Une jeune fille berbère apparait, ravissante, souriante et nous invite à entrer. Ces parents nous accueillent et font un feu dans l’entrée de la maison. Quel réconfort ! Nous étions sales, dégoulinants d’eau et de neige et au bout d’un moment, un peu réchauffés, nous pensions repartir. Mais ils ont fortement insisté pour nous faire rentrer dans leur unique pièce de vie. Il n’y avait pas de meuble, juste un tapis au sol. Cela reflétait une certaine pauvreté matérielle. Mais une grande richesse de cœur : ils ont sorti tout ce qu’ils avaient pour nous restaurer : pain, crêpes, thé à la menthe … Il n’y avait pas assez de vaisselle, ils sont allés en chercher chez les voisins … La joie parfaite ! On ne ressentait plus ni la fatigue, ni le froid de nos vêtements mouillés juste tout cet amour qui nous était offert gratuitement, à nous les étrangers de passage.

Le pélé s’est poursuivi sans encombre avec toute cette force et cette joie qui nous ont été données.

Cette aventure a fait naître une fraternité « la FraTaurange » qui depuis a fait le Chemin d’Assise et qui se retrouve encore régulièrement pour marcher, prier, échanger … C’est une fraternité franciscaine qui aime le dépouillement, la simplicité, la nature ….

Cet épisode nous a bousculé mon mari et moi. Quand nous sommes rentrés chez nous, nous nous sommes interrogés : quel sens de l’accueil avons-nous ? Nous nous sommes dit que si un groupe de marocains étaient devant chez nous, sous la neige, nous ne les aurions probablement pas fait entrer. Alors nous avons décidé d’accueillir chez nous. Tout d’abord en nous inscrivant sur le site d’accueil chrétien « Ephatta », puis en hébergeant des pèlerins sur le Chemin de St Jacques de Compostelle. Nous avons aussi effectué des travaux en abattant les murs pour bénéficier d’une grande pièce qui permet une grande tablée qui est très régulièrement pleine.

C’est grand bonheur d’accueillir. « Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. » (Mt 10,8). « Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. » (Mt 10, 40). « Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. » Mt 10,48.

Beaucoup de fruits pour quelques jours de marche ! Sans parler des fruits spirituels, plus intérieurs et plus secrets mais qui continuent de mûrir par la grâce de Dieu.

Depuis le mercredi dernier nous sommes dans le temps de carême et pour affermir nos pas à la suite du Christ le premier né de l’humanité nouvelle, l’Eglise notre mère nous propose de méditer sur un extrait de l’évangile selon saint Marc. Comme vous l’avez constaté, il s’agit d’un texte très court mais riche d’enseignements. Voici quelques points de focalisation :

Le désert, le lieu d’éclosion et d’affermissement des vocations ;

La symbolique du nombre quarante ;

Le carême un temps d’annonce et de conversion pour tous ;

 Compte tenu de la structure bipartite que présente ce texte, je voudrais vous proposer une méditation en deux points :

La tentation de Jésus au désert et l’inauguration de sa prédication.

La tentation de Jésus au désert  

Comment Jésus le fils de Dieu, le Créateur de toute chose en est-il arrivé à connaître la tentation ?

Le narrateur de l’évangile selon saint Marc nous renseigne que tout est parti d’un grand évènement : les prédications de Jean Baptiste qui se soldaient par le baptême de conversion que le précurseur administrait à la grande foule qui se ruait vers lui. Jésus aussi ayant reçu l’information, descendit de Nazareth de Galilée jusqu’au Jourdain pour se faire baptiser. Sachant qu’il est l’incarnation même de l’humilité, on peut l’imaginer faisant la queue au même titre que les habitants de Judée et Jérusalem pour être baptisé. (Regardez l’humilité de Dieu) chant : admirable grandeur étonnante bonté du Maître de l’univers R/ Regardez l’humilité de Dieu.

 Mais une fois baptisé, l’Esprit le pousse au désert. Jésus ne va pas tranquillement au désert, il y est jeté. L’image qui retient ici notre attention est celle de la docilité de Jésus à l’Esprit Saint. Pourquoi le narrateur fait-il mention de l’Esprit Saint ? On a l’impression que la mention de l’Esprit Saint fait référence à Moïse dans le livre de l’Exode (Ex 3,1-6). Il l’a fait à dessein pour nous faire comprendre que Jésus est le nouveau Moïse….

L’autre image qui retient notre attention est celle de la présence effective de Jésus au désert. Cette dernière révèle une nette démarcation entre l’agir de Jésus et nos manières de réfléchir et d’agir. Chez nous au Bénin ou partout ailleurs, quand nous conférons ou recevons les sacrements : baptême, confirmation, mariage nous savons ce qui suit n’est-ce pas ? : la fête…la grande fête… Jésus, le Fils unique de Dieu nous montre tout un autre chemin où les sacrements peuvent nous mener : le désert. Qu’entendre par désert ? Serait-il identifiable à un lieu géographique ou symbolique voire théologique ? Pourquoi Jésus a-t-il été poussé au désert ?

Selon le Vocabulaire de théologie biblique, le désert comme un lieu géographique peut être perçu comme une terre que Dieu n’a pas bénie : l’eau y est rare, de même que la végétation. L’habitation était presque impossible (cf. Is 6,11). En cette terre salée, désolée et infertile, habitent les démons (Lv 16,10) et autres bêtes malfaisantes. Tous ces facteurs (portent= pourraient faire croire) laissent à croire que le désert est un lieu d’épreuves et de grandes insécurités. L’évangile de ce jour nous le confirme d’ailleurs : « il resta 40 jours dans le désert, mis à l’épreuve par le Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages… ». Rappelons au passage que les 40 jours évoquent les 40 ans que le peuple a passé au désert ou les 40 jours pendant lesquels Moïse a jeûné avant que Dieu ne lui donne les Tables de la loi (Ex 34.28).

Le nombre 40 symbolise un temps d’épreuve, mais aussi un temps de gestation pour déboucher sur une nouvelle naissance. Durant son séjour au désert Jésus a connu l’épreuve voire la tentation. Et comme nous sommes en carême qui compte 40 jours de jeûne, de prières et d’épreuves, le narrateur nous prépare à faire le même cheminement que Moïse et Jésus au désert. Souvenez-vous des difficultés et péripéties de Moïse au désert dans le livre de l’Exode. Face aux dangers, aux nécessités et angoisses existentielles des juifs, il a fait l’objet des critiques, des murmures et bien d’autres choses. S’il a essuyé plusieurs revers et subi tous les caprices de ses frères hébreux, Moïse a aussi fait l’expérience de la fidélité de Dieu. Tout ceci fait partie de la mission divine qui n’est pas une partie de jeu facile mais un vrai combat spirituel. Sénèque un philosophe romain dit à justement à propos qu : « un arbre n’est solide et robuste que s’il doit résister fréquemment aux bourrasques : les secousses resserrent ses fibres et fixent plus profondément ses racines. L’arbre qui grandit dans la douceur d’un vallon reste fragile ».

Le désert est également un lieu de silence, d’écoute et de ressourcement spirituel. Selon Antoine Nouis, le désert est beau, d’une beauté minérale, pure sans artifice, la beauté élève le cœur. La beauté élève le cœur. Ensuite le désert oblige à s’alléger. Dans le désert, il n’y a pas de télévision ni de téléphone portable, ni de tous ces accessoires qui apparaissent indispensables et qui se révèlent futiles. Enfin le désert est silencieux, il conduit au silence intérieur, à la lucidité, il aide à faire le tri entre l’important et l’urgent, le précieux et l’accessoire.

Chers amis le temps de la formation est un temps de désert pour vous. Durant cette période, et même après votre formation, vous connaissez et vous allez connaître beaucoup d’épreuves et de tentations à l’instar de Moise et de Jésus. Pour surmonter toutes ses épreuves, je vous encourage à prendre conscience de votre identité : vous êtes des chrétiens, disciples du Christ. Les vrais disciples du Christ sont des compétiteurs nés prêts à faire face à toute sorte d’épreuves à l’instar des commandos. Pour remporter la victoire sur toute la ligne dans ce combat, je vous encourage à devenir des amis et alliés de l’Esprit Saint ; cultiver l’humilité à l’instar du Christ, respecter le règlement et adopter la devise des moines bénédictins « Ora et Labora » (prier et travailler). Quant à vous chrétiens mes frères et sœurs, rappelez-vous toujours qu’au désert Jésus a été tenté par Satan et même après le désert il a été tenté et piégé par les pharisiens et scribes. Au désert, le Christ n’était seulement pas entouré par les bêtes sauvages qui représentent les forces du mal, mais il avait également pour compagnons des anges qui le servaient. Gardez toujours en mémoire que dans le monde, il existe des forces du mal symbolisées par les bêtes sauvages et le bien symbolisé par la présence des anges qui servent ceux qui leur font attention. Ceci pour vous dire que les anges sont à vos côtés pour vous servir tout comme ils servaient Jésus. Alors n’ayez plus peur de rien. Malgré toutes les crises politiques, économiques, sanitaires et toutes sortes de difficultés qu’on vous fait subir, n’ayez plus peur de quoi que ce soit et de qui que ce soit. Tout a une fin, et la fin avec la grâce de Dieu, est pour bientôt voire tout proche. Jésus a vaincu le mal sous toutes ses formes. Il a vaincu le monde ; en lui nous vaincrons. Alors « Revêtez des armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les ruses du diable ». (Ep 6,11) Ces armes sont la Parole de Dieu, la prière, le jeûne, le partage et l’humilité.

Pour épuiser la question du pourquoi Jésus est allé au désert, nous pouvons dire qu’il est allé au désert pour préparer sa mission.

Inauguration de sa prédication

Qu’est-ce qui s’est passé en Galilée ?

Au début de son ministère, Jésus est allé au désert pour préparer spirituellement son ministère. C’est probablement le sens que voulait signifier le narrateur en associant les deux récits. Et donc le temps de Carême est vraiment un temps de préparation en vue de la célébration de la Pâques qui est le cœur même de notre foi et de la vie chrétienne. Nous sommes donc tous encouragés à passer saintement cette période non pas seulement pour les festivités pascales mais aussi pour notre passage. Cela consiste à entendre et à faire entendre le message de l’évangile, à l’accueillir dans nos vies. Accueillir l’évangile suppose un changement radical pour bénéficier du pardon de Dieu. Demandons au Seigneur au cours de cette Eucharistie, la grâce de croire à la Bonne Nouvelle en accueillant la présence Divine comme une nouvelle pour l’histoire de nos vies.

Djimè le 18 février 2024

Roland Lakoussan

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